
Vingt-quatre ans après sa disparition, le 26 novembre 2002, le vœu d’un père a enfin été exaucé. Réunie au cimetière Bala Ba Nzambi dans le district de Loumo (département du Pool), le 04 juillet 2026, la famille, par la voix de Rosalie Matondo, a rendu un hommage vibrant à leur père, Paul Mayinguidi, qui repose désormais aux côtés de ses frères, les « inséparables ».
C’est une histoire de promesse, de patience et d’un amour filial que le temps n’a pu altérer. Ce week-end, le paisible cimetière Bala Ba Nzambi de Loumo a été le théâtre d’une cérémonie de recueillement d’une rare intensité. Plus de deux décennies après son décès, la dépouille d’un patriarche regretté a enfin été ramenée sur ses terres natales, honorant ainsi une ultime volonté formulée au tournant du millénaire.
Une promesse suspendue au fil de l’histoire
En 2001, sentant le poids des années, le défunt avait exprimé un souhait clair : être conduit au village le moment venu. Mais la réalité de l’époque, marquée par des événements douloureux et l’état de dégradation avancée des infrastructures routières, en avait décidé autrement. Avec la sagesse qui le caractérisait, il avait alors glissé à ses proches : « Ne vous tracassez pas, la route est mauvaise maintenant. Dès que vous le pourrez, emmenez-moi au village. »
Il aura fallu attendre un quart de siècle pour que les conditions soient réunies. Enfants, petits-enfants, alliés et enfants d’adoption ont bravé la distance pour l’accompagner vers sa dernière demeure, accomplissant ce devoir de mémoire historique.
Le deuil impossible et l’héritage du sourire
Prenant la parole au nom de la fratrie, Rosalie Matondo a livré un témoignage poignant, laissant transparaître une douleur encore vive, malgré les années écoulées. « Cela fait plus de 20 ans que tu es parti. Mais c’était comme hier, papa. Nous n’arrivons pas à sécher nos larmes»

Derrière l’émotion, c’est pourtant un hymne à la vie et à la transmission qui a résonné dans l’enceinte du cimetière. Le patriarche a été salué pour avoir inculqué à sa progéniture l’amour du terroir à travers les vacances passées au village, mais aussi pour son sens inné de l’humour. Un trait d’esprit qui, aujourd’hui encore, aide ses descendants à surmonter son absence au quotidien.
Les « Inséparables » de nouveau réunis
Le moment fort de cette cérémonie est sans conteste la reconstitution du carré fraternel. Fusionnels de leur vivant, les trois frères, dont Papa Alphonse et Papa Emmanuel, ce dernier ayant longtemps reposé du côté de la Tsiémé à Brazzaville, se trouvent désormais côte à côte dans la terre de Loumo.
« Nous avons pensé que nous ne pouvions pas séparer les inséparables. Aujourd’hui, vous êtes tous réunis ici », a déclaré Rosalie Matondo, soulignant la folle douleur qui avait autrefois saisi le défunt à la perte de son frère Emmanuel.
Avant de quitter les lieux, la famille a dévoilé l’épitaphe gravée sur la sépulture, véritable boussole pour les générations futures : « Papa, ton souvenir et ton amour demeurent à jamais vivants en nous. Tu nous as donné la vie et tu nous as enseigné la droiture et l’honneur. À Loumo, le temps des larmes laisse désormais place à celui de la paix du devoir accompli. Les « inséparables » reposent ensemble, là où tout a commencé.
Wilfrid Lawilla





