Opération « traque des grands bandits » : certains compatriotes versent dans l’amalgame.

En marge de l’inauguration du Complexe scolaire de la Liberté, le 24 octobre dernier, à Brazzaville, le président de la République s’était exprimé, devant la presse, entre autres sur l’opération « traque des grands bandits ». Denis Sassou N’Guesso a, notamment affirmé : « […] que notre pays, depuis même la proclamation de la République jusqu’aux plus tragiques événements de 1997, 98, 99, notre pays n’a pas réellement connu la paix. […] ». Certains compatriotes lisant à la surface ce propos, veulent semer la confusion dans sa compréhension. Pourtant, notre histoire commune démontre que le chef de l’Etat a simplement dit les choses de façon crue.

Il est de tradition que les politiques biaisent les discours pour ne pas nommer le mal. Au cours de l’interview accordée à la presse, le 24 octobre dernier au complexe scolaire de la Liberté, le Président de la République a voulu faire la différence. Il affirmait sans détour : « Les Congolais ont souvent la mémoire courte, les historiens peuvent regarder et découvrir que notre pays, depuis même la proclamation de la République jusqu’aux plus tragiques événements de 1997, 98, 99, notre pays n’a pas réellement connu la paix. C’était toujours un événement, puis un autre ; violence et une autre violence. Regardez, lisez, vous êtes des intellectuels, observez bien, vous verrez que notre pays n’a vécu durant toute cette période que dans un climat de tumulte, de violences, etc… ».

Le disant, le chef de l’’Etat congolais rappelait que l’histoire de notre pays, le Congo, est faite de nombreux soubresauts politiques qui ont rendu presqu’instable le pays, dès la proclamation de la République, en novembre 1958.

En effet, au lendemain de la proclamation de la République, le 28 novembre 1958, elle-même marquée par une crise politique, le Congo fut ébranlé par des émeutes qui ont entrainé morts d’hommes, saccage et incendies des maisons et des véhicules, déplacement des citadins dont certains avaient, à cause leur origine ethnique, fui leurs quartiers de résidence habituels.

Ces tumultes furent plus fréquents après l’indépendance acquise, le 15 Août 1960. Le fait majeur reste, les émeutes de 1963, qui conduisirent à la démission du premier président de la République, l’Abbé Fulbert Youlou. Le régime qui lui succéda ne gouverna pas dans la paix, non plus. D’un complot à un autre, une jeune garde politique désireuse de plus de pouvoir, brillait plutôt par la répression dont les bras armés étaient sa milice politique, la Défense civile et l’organisation de jeunesse du parti unique, la Jeunesse du Mouvement national de la révolution (J.M.N.R).

Cette atmosphère de violence et de terreur avait, alors, atteint son apogée avec l’assassinat, en février 1965, de trois personnalités : Joseph Pouabou, le président de la Cour suprême, Lazare Matsocota, le procureur de la République et Anselme Massouémé, directeur de l’Agence congolaise d’information (A.C.I). Ce régime, emporté par des tensions politico-militaires, avait eu comme épilogue, la démission du Président de la République, Alphonse Massamba-Débat, en septembre 1968. Il s’ouvrit, à partir de cette démission, une transition qui n’avait pas duré longtemps : le président Marien Ngouabi, arrivait au pouvoir, en décembre 1968.   

Ce changement de régime n’avait pourtant pas apporté un réel apaisement du climat politique, puisque le régime du président Marien Ngouabi, avait fait face à de multiples tentatives de renversement. En témoigne le coup d’Etat mené par le lieutenant Pierre Kinganga. Le 23 mars 1970, celui qui se faisait aussi appeler « Sirocco », s’empara de la radio nationale, avec quelques jeunes, sans pouvoir aller plus loin. L’armée avait fini par l’abattre sur place à la radio.

Il n’y eut presque pas de répit, quand un ancien ministre du président Marien Ngouabi, mena une autre tentative de coup d’Etat à Brazzaville, en 1972, pendant que le Président de la République se trouvait en visite de travail à Pointe-Noire. Ce fut le Mouvement du 22 février (M22), qui a été mis en échec. En tête d’un groupe d’officiers et sous-officiers, cet ancien ministre entra, alors, en maquis dans les forêts de Goma-Tsétsé, au Sud de Brazzaville.

Le pays fut plongé dans une incertitude profonde. La traque des mutins maquisards par l’armée se termina en avril 1973, par leur capture. Mais, une stupeur s’était emparée du pays, avant l’horreur du 18 mars 1977, caractérisé par l’assassinat, en pleine journée et dans son palais officiel, du Président de la République, Marien Ngouabi. Dans la foulée, le pays perdit un prélat, un ancien Président de la République et plusieurs officiers et cadres politiques.

L’arrivée au pouvoir du Comité militaire du parti (C.M.P), constitué d’un groupe d’officiers, avec le général Jacques Joachim Yombi Opangot, après l’assassinat du commandant Marien Ngouabi, augura l’espoir d’une stabilité institutionnelle et d’une paix définitive dans le pays. Pour combien de temps, puisque les promesses de paix et de développement, n’ont pas été tenues ? Moins d’une année plus tard, en 1979, le Congo ouvrit une autre page de son histoire politique, qui se referma en 1991, avec la tenue de la Conférence nationale souveraine.

Néanmoins, cette période de 1979 à 1991, gouvernée par Denis Sassou-N’Guesso, fut marquée de façon générale, par la paix des cœurs et la tranquillité des esprits. Aucun événement politique majeur, n’avait ruiné l’espoir de développement du pays pendant ce temps. Organisée en 1991, incarnant l’espoir d’une rupture totale, entre les pratiques politiques décriées des temps anciens et le renouveau du pays, la Conférence nationale souveraine, a hélas fait ressurgir les vieux démons : « chassez le naturel, il revient au gallot » !

La transition politique qui débuta à la fin de la conférence, n’a eu pour seul mérite, que d’organiser les élections locales, législatives et la présidentielle. L’atmosphère de la fin de cette transition fait renaitre l’espoir : le changement pacifique de régime en était une illustration et une garantie de paix et de développement rêvés. Pourtant, la violence a réveillé ses vieux démons dès 1993, quand le président Pascal Lissouba, résout en octobre 1993, de dissoudre l’Assemblée nationale, soit trois (03) mois après sa prise de fonction. Ce fut le début des soubresauts de l’après Conférence nationale souveraine. L’illusion de paix et de développement, remplaçait progressivement l’espoir né de la transition pacifique en 1992.

Pendant cinq ans, le président Lissouba plongea le pays dans un climat de peur et d’angoisse. Cette atmosphère culmine en juin 1997, quand le pays sombra dans des affrontements politico-militaires, transformés en guerre fratricide, jusqu’en octobre de la même année. C’était la césure qui gomma tous les efforts de paix et de développement entrepris pendant les années antérieures : la République n’existant presque plus, la démocratie en péril, la ville de Brazzaville, notamment, était décrite comme « un vaste champ de ruines ».

Il a fallu beaucoup de courage au président Denis Sassou-N’Guesso, qui reprit les commandes du pays en octobre 1997, de recommencer de zéro, la reconstruction du pays sur tous les plans : politique, économique, social, culturel, … Il lui fallait transformer ce vaste champ de ruines, en un gigantesque chantier de reconstruction. 

La reprise des violences en 1998 dans le Pool et en 1999 dans les départements du Niari, de la Bouenza et de la Lékoumou, en dépit de nombreux appels à la paix, n’a pas émoussé la détermination du Président Denis Sassou-N’Guesso, de persévérer sur la voie de la paix, de la stabilité et du développement. C’est dans cet esprit, qu’il s’abstient de faire allusion aux quelques soubresauts de 2003 et 2015 dans le département du Pool.   

En somme, aucun congolais ne devrait douter que, d’une part, son pays, le Congo a connu, depuis la proclamation de la République, en 1958, beaucoup de périodes de tumultes, d’incertitudes, de violences et d’instabilité et d’autre part, depuis l’an 2000, le Congo a connu pendant plus d’une décennie, sa plus longue période de stabilité politique et institutionnelle, en dépit des troubles circonscrits dans le Pool.

La prise de conscience de ces faits historiques du pays, permettrait aux Congolais de comprendre, qu’il ne sert à rien, de replonger le pays dans un cycle infernal de violence qui ne profite à personne. C’est pourquoi, le phénomène « bébés noirs ou kulunas » n’est pas de nature ni à encourager ni à soutenir.

Florent Belokemi, Observateur de la vie politique nationale.

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