La population de Waloa Yungu vit dans la crainte après l’installation des rebelles sur le mont Machumbi, une provocation de plus qui menace le processus de paix.
Plusieurs sources locales rapportent une vive inquiétude parmi les habitants du groupement Waloa Yungu, dans le secteur des Wanianga (territoire de Walikale), au Nord-Kivu. Depuis le dimanche 11 août, une nouvelle position militaire des rebelles de l’AFC/M23 a été établie sur le mont Machumbi, près de Ngenge. Cette avancée stratégique, située non loin de zones abritant des milliers de déplacés, suscite des craintes d’attaques imminentes contre Ngenge, Buhimba et Kimua.
Selon des témoignages concordants, les combattants du M23, venus de Kashebere, se sont déployés sur cette montagne en vue d’intensifier leurs opérations offensives. Cette manœuvre intervient après de violents affrontements la semaine dernière entre les rebelles et les miliciens de la coalition UHURU-MAC, qui ont fait au moins 18 morts dans les rangs de l’AFC/M23, selon des sources sécuritaires. Les autorités coutumières de Waloa Yungu partagent l’angoisse des civils, redoutant une nouvelle flambée de violence.
Cette installation illégale constitue une violation flagrante des engagements pris dans le cadre de l’accord de Washington et de la Déclaration de principes de Doha, signée le 19 juillet dernier. Les FARDC ont dénoncé dans un communiqué « l’attitude belliciste » de l’AFC/M23, accusant le groupe rebelle de multiplier les attaques et les « massacres ciblés » de civils. Kinshasa qualifie ces actes de « violation intentionnelle » des engagements de paix et se réserve le droit de répondre militairement.
De son côté, l’AFC/M23 rejette ces accusations et affirme que le gouvernement congolais prépare une offensive majeure, malgré les engagements de Doha. Le mouvement rebelle évoque des mouvements de troupes et de matériel militaire à Uvira, ainsi que dans plusieurs localités du Nord et Sud-Kivu. « Kinshasa compromet délibérément le processus de paix », déclare l’AFC/M23, qui se dit en « état d’alerte maximale ».
Cette escalade verbale et militaire survient dans un contexte de blocage diplomatique. Les pourparlers directs prévus le 8 août à Doha entre le gouvernement et l’AFC/M23 n’ont pas eu lieu. Bien que la médiation qatarie affirme que les deux parties travaillent à la mise en œuvre des accords, notamment sur l’échange de prisonniers, aucun progrès concret n’a été enregistré. Ce point, crucial pour la relance des négociations, devait être réglé avant le 29 juillet.
Les récentes avancées de l’AFC/M23 à Walikale s’inscrivent dans une dynamique plus large de violations répétées des cessez-le-feu. Depuis le début de l’année, le groupe, soutenu par le Rwanda, a étendu son contrôle sur plusieurs zones clés du Nord et Sud-Kivu, malgré la signature de l’accord de Washington en juin et celui de Doha en juillet. Ces deux textes, censés poser les bases d’une paix durable, peinent à produire des effets sur le terrain.
Les populations civiles paient le prix fort de cette impasse. Les déplacements massifs, les exactions et la destruction des infrastructures sanitaires et scolaires aggravent une crise humanitaire déjà catastrophique. Les organisations internationales s’alarment de l’inaction des parties prenantes, alors que les mécanismes de suivi des accords restent lettre morte.
Face à cette situation, la communauté internationale est une nouvelle fois interpellée. Si les violations se poursuivent, le risque d’un conflit ouvert et généralisé devient inévitable. Les espoirs nés des signatures de Washington et de Doha s’amenuisent, laissant craindre un enlisement durable de la crise dans l’Est de la RDC. Les civils, otages de ce jeu de pouvoir, attendent toujours que les mots se traduisent en actes.
John Wanyanga




